Portrait duo de cindy & jupus
#ridez comme vous êtes

Découvrez les histoires singulières de cavalières et leur cheval dans notre série de portraits « Mon Cheval et Moi » :

Portait duo d'une cavalière et son cheval

Je le considère comme un cheval valide

Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de Cindy et Jupus.

Rien ne prédestinait cette jeune femme à commencer l’équitation à presque trente ans. Elle nous raconte sa rencontre et son coup de cœur pour un cheval réformé mi-invalide, qui a changé le cours de sa vie.

Portait duo Marie & Jour J (duplicate)

Un cheval tellement attachant

"Je n'étais pas familière avec le milieu équestre, et pourtant; lors d'un week-end familial, nous avons rendu visite à des amis qui avaient des chevaux. J'étais en béquille suite à un accident et j'ai été attirée par ce grand cheval, Jupus. Il avait quelque chose de différent, il cherchait le contact délicatement et avait un port de tête particulier. D’ailleurs, c’est encore ce qui fait son charme aujourd’hui », explique-t-elle en souriant. « Il tournait légèrement la tête. On m’a expliqué qu’il ne voyait pas très bien de l’œil gauche. À l’époque, on prenait ça pour de légers problèmes de vue.»

Le hasard de cette rencontre a été un vrai tournant personnel et professionnel.

Portait duo CINDY ET JUPUS

Se dépasser pour créer notre relation

Au fil du temps, Cindy a le droit de sortir tous les week-ends. Le contact des équidés lui fait du bien et le propriétaire l'autorise à venir quand elle le souhaite. C'est donc avec plaisir qu'elle y retourne et apprend à connaître Jupus, un ancien trotteur. Un réformé de courses à qui on a toujours interdit de galoper, de surcroît mal voyant, c’est le genre de cheval auquel les cavaliers ne portent aucun intérêt.

Au fil des semaines, le lien se crée entre Jupus et Cindy. « Il y avait des hauts et des bas quand je passais le voir. Parfois, c’était top et parfois, il n’était pas réceptif. Même avec des friandises, il pouvait m’ignorer. Je ne parlais pas le langage cheval, je n’avais pas de culture équestre », concède la jeune femme.


Elle a très envie de se mettre sérieusement à l’équitation. "Je voulais monter pour partager plus avec lui". Malgré des interdits sportifs, un an et quelques préparations physiques plus tard, Cindy prend enfin sa 1e leçon d’équitation.

« J’ai eu des peurs mais je me suis accrochée ! Après quelques séances, je me sentais prête pour monter Jupus. J’étais en confiance avec lui. Il s’est laissé faire, il a été génial ! », se remémore la néo-cavalière.

Un cheval aveugle

Quelques années plus tard, le propriétaire de Jupus décide de vendre  sa propriété avec tous les chevaux. « Je ne pouvais pas laisser partir Jupus ! » Des potentiels acquéreurs commencent à arriver et à s’y intéresser. « Ce cheval attirait l’attention par sa taille et sa posture. C’était l’angoisse d’imaginer le laisser mais financièrement, entre les soins vétérinaires et la pension, c’était une responsabilité. Après trois visites,  il était toujours aux écuries et on s’est dit que c’était un signe".

Le propriétaire nous l'a donné. On a pris la décision de lui trouver une belle pâture de ne pas le séparer de la jument qu'il côtoyait en l'installant dans la même pension pour ne pas les séparer », se souvient Cindy. En mars 2014, la voilà donc enfin propriétaire de Jupus.

Quelques mois plus tard, après avoir remarqué une blessure à l’œil sur Jupus, Cindy  décide de se rendre en clinique, en Belgique. Après l’examen, le vétérinaire nous a annoncé que Jupus était totalement aveugle des deux yeux ». Pour elle, c’est impossible au vu de tout qu’elle parvient à faire aux côtés de Jupus. Dans un environnement familier, il est en mouvement sans problème. Il avait développé des mécanismes de résilience. ».

C’est un coup dur pour Cindy. Le gérant de sa pension de l’époque la rassure. Finalement, n’est-ce pas la même situation aujourd’hui qu’hier ? « Il avait tellement raison ! Ce jour-là, j’ai réalisé à quel point c’était énorme la confiance que Jupus m’accordait. J’ai commencé à le surprotéger. C’était une erreur, en voulant le rassurer, je lui ai ajouté des peurs qu’il n’avait pas», nous livre Cindy.

Les années passent, en 2019, âgé de 22 ans, Jupus a de plus en plus de soucis respiratoires. Après un bilan en clinique, Cindy a opèré des changements tels que la pension, l'alimentation ainsi que les soins. J’ai cherché une pension idéale. Il ne fallait surtout pas de graminés autour, une écurie propre aérée avec peu de poussière et des coins de balade. L'écurie devait aussi accepter un cheval non voyant. Bref, j’ai dû en visiter une trentaine ! ».

Portait duo d'une cavalière et son cheval

Le cheval qui apprend a lâcher prise

Après un temps de remise en question et d’adaptation, Cindy réalise qu’il est préférable de considérer Jupus comme un cheval valide, presque comme avant. « Jupus est hyper expressif. Par le touché ou par son comportement, je le connais bien, il me fait très vite comprendre quand il a quelque chose. Il cligne peu des yeux, donc il est plus sensible au vent, au soleil et aux insectes.

Il a un masque pour le protéger des UV à 100% et en balade, des lunettes. On a créé nos propres codes : hop, hop ! Et je monte, lève le licol, il lève ses antérieurs pour passer la marche. Je fais une pression vers le bas sur le licol, il sait que ça va descendre. Une fois qu’on a créé notre langage, notre relation est devenue fluide et seine ! Je lui parle beaucoup. En balade, si les branches ont poussées, je me couche légèrement sur lui nous détaille Cindy. 

Aujourd'hui, ma priorité est qu'il aille bien physiquement et moralement. Quand je suis avec Jupus, je vis le moment présent à fond. C’est une chance de l’avoir rencontré. C'est mon premier cheval et il a fait une grande partie de mon éducation équestre. Je n’aurais jamais eu cette approche de la relation et de la communication avec les chevaux sans lui.

Jupus est un cheval attachant qui ne laisse pas insensible et nous avons eu la chance de rencontrer dans notre parcours des personnes et des professionnels bienveillants. Ma famille est également d'un grand soutien dans notre parcours.

Quand je suis avec Jupus, je vis le moment présent à fond. Je n’aurais jamais eu cette approche de la relation et de la communication avec les chevaux sans Jupus.